Le détail qui change tout

Details d'Opalka

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J’attends d’écrire cet article depuis quelques mois maintenant. Un manque de temps, sûrement, une impression de tourner la page une dernière fois, plus que probable. Détails d’Opalka m’a étonné. Je pense que ce sentiment donne naissance à une oeuvre d’art. Claude Gallay est parvenue avec brio à peindre l’histoire d’un artiste, d’un penseur: Roman Opalka.

En fait, parler de ma fascination pour Opalka est plutôt difficile. A priori, tout son art repose sur les chiffres. Je haie les chiffres, ils ont beau traduire, de manière mathématiques, l’infini, ils me semblent réducteurs, limités et trop définis. Opalka a choisi de mettre de côté une palette de couleur pour se limiter au noir et blanc… ça aussi, c’est complètement contradictoire avec mes goûts personnels. Finalement, je devrais détester sa peinture. Son choix de peindre une suite de nombres en noir et blanc tout au long de sa vie me semble une idée saugrenue et abstraite.

« En 1965, Roman Opalka […] commence à peindre la suite des nombres. Il écrit le 1. Il fait cela à la peinture blanche et sur un fond noir. […] Tout cela peut sembler ennuyeux et d’une extrême banalité. […] En 1968, le peintre ajoute une variante à son programme et décide qu’après chaque séance de travail, il prendra une photo de son visage, en noir et blanc, même cadrage, vêtu de la même chemise et d’apparence impassible. La même année, il ajoute une autre variante et enregistre sa voix qui compte les nombres en même temps qu’il les peint. »

Vous pensez comme moi? Lisez le livre de Claudie Gallay et votre aberration se transformera en adulation. « Tant qu’il existera des fragments de beauté, on pourra encore comprendre quelque chose au monde » amorce l’auteure. Que doit-on comprendre: Opalka a-t-il évincé toute beauté de son oeuvre pour dépeindre ce monde à sens unique absurde ou, au contraire, a-t-il usé de l’art pour saisir l’insaisissable? Je n’ai pas la réponse, la seule chose que je retiens: 1 – 5607249, le début et la fin d’une vie, le début et la fin d’une oeuvre.

« Chaque vie est une oeuvre disait Opalka, la mort étant son achèvement parfait. A partir de notre petitesse, nous créons notre grandeur. »

J’aime ce genre de tableau étonnant qui happe notre esprit l’espace d’un instant et nous questionne: qu’a-t-il voulu représenter? La peinture et le temps sont intimement liés, une fois le pinceau posé sur la toile, il est impossible de revenir en arrière. Les livres qui poussent à réflexion sont les meilleurs, ils s’inscrivent dans notre mémoire et ne nous quittent jamais.

Opalka était un génie, il a révolutionné l’art en s’approchant au plus près de l’humain: « Ses toiles sont la transposition de notre propre usure, elles sont des miroirs, des surfaces de méditation ».

Finalement, Claudie Gallay nous ôte les mots de la bouche: « Tais-toi et pense! ». Je ne saurais conclure plus parfaitement que sur les paroles de son agent qui a su formaliser mon désarroi face à ce roman:

« Contrairement à toi, Opalka ne m’était pas proche avant de te lire. Il l’est devenu et me manque aussi. Je crois que je nous sens plus exposés et plus vulnérables depuis qu’a disparu ce veilleur du temps dont je ressens qu’en le comptant, il l’empêchait d’accélérer en douce sa mesure ». 

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