Lost River X Grande Ville

Lost River

Déroutant, intrigant, beau et inquiétant. Quatre mots pour décrire le premier long métrage de Ryan Gosling.  Le flou artistique émanant de Lost River appelle à la réflexion. 1h40 à me convaincre que, certes, l’esthétisme est bien présent, rappelant Drive ou Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, que, oui, la BO est  parfaite (et, qui sait l’importance que je porte à un bonne BO) mais… et après? L’histoire dans tout ça? J’avais l’impression d’être dans une galerie d’art, admirant une série de tableaux, magnifiques, mais sans lien entre eux, comme un puzzle démembré. 1h40 à trouver un sens à ce film. J’étais légèrement déçue jusqu’à la fin. Le point final qui m’a totalement convaincu que Ryan Gosling venait de montrer toute l’étendue de son talent et de son univers,  que Lost River n’était pas que dans le Beau mais bien dans le Vrai.

En cherchant quelques infos sur le film, je suis tombée sur cette phrase qui décrit parfaitement mon ressenti à la sortie du cinéma: « un sombre conte de fées, avec la ville dans le rôle de la demoiselle en détresse, et des personnages semblables aux morceaux d’un rêve brisé, qui essayent de se reconstruire ». Soyons directs, l’atmosphère de Lost River est plus que glauque, parfois même, à la limite du gore. En sortant, ma petite soeur m’a dit « Eh mais c’est qu’il est pas très net dans sa tête le Ryan! ». Et pourtant, il nous en met plein les yeux: des couleurs chatoyantes et électriques, des paysages improbables, des portraits pleins de sincérité. Lost River oscille entre l’horreur et le beau. L’art de l’excès qui ne peut qu’évoquer les oeuvres d’Otto Dix. La comparaison semble un peu tirée par les cheveux, mais, pour moi, c’est une évidence. Pour partager mon ressenti face au film de Gosling, je n’ai pas trouvé d’argument plus explicite que cette photo du tableau Grande Ville d’Otto Dix.

dix-tr11

On retrouve dans Lost River ces visages grimaçants, l’horreur et la violence, cette représentation morbide des festivités et du plaisir. Gosling est parvenu à peindre, à la manière d’Otto Dix, une harmonie esthétique à partir de deux images très différentes: celle d’une ville à l’atmosphère pesante et celle d’un foyer chaleureux et réconfortant.

Les deux artistes parviennent ainsi à présenter la réalité dans ce qu’elle a de plus crue. Derrière toutes ces exagérations, Lost River semble cacher une morale sensée: « le foyer c’est la famille ». La malédiction de Lost River révèle une réalité d’actualité et lance un message d’espoir aux habitants de certaines villes dilapidées par la crise économique. [Je vous accorde que face au brasier incessant filmé par Gosling, le message d’espoir reste flou mais, je crois vraiment que la famille est au coeur de la problématique du film.]

Le scénario de Lost River serait né d’un souvenir du jeune Ryan, qui, enfant, serait tombé sur une route menant tout droit à un fleuve. Sa mère lui aurait expliqué qu’il y avait une ville au fin fond de l’eau. La ville de son enfance était sur le tracé de la voie maritime du Saint-Laurent. Des promoteurs ont aménagé un canal permettant aux bateaux de naviguer de l’Atlantique jusqu’aux grands lacs, en inondant plusieurs villes et villages sur leur chemin. Il est plutôt étrange de constater que, comme Otto Dix peignait pour exorciser ses cauchemars, Ryan Gosling a réveillé ses démons pour signer un premier film réussi!

Lost River (3)

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